Au début des années 1990, Claire Simon se fit connaître dans le monde du documentaire avec
Récréations , qui se déroule intégralement dans la cour de récré d’une école maternelle. Laissant totalement hors champ les professeurs, la réalisatrice prête ici attention à la manière dont les enfants investissent l’espace exigu de la cour avec une imagination proprement vertigineuse. On retiendra par exemple ces petites brindilles que l’automne a semé à travers la cour et qui sont utilisées tour à tour comme des pistolets, des sabres, les câbles électriques d’une maison imaginaire, voire même comme un plumeau pour dépoussiérer ladite maison. Ressource supérieurement convoitée au sein de cette micro-société, on verra ces petits bouts de bois patiemment récoltés par certains puis sauvagement dérobés par d’autres dans d’effrayants accès de violence que l’imperturbable caméra de Claire Simon capte sans sourciller.
Que les enfants ne soient pas des anges, voilà qui n’est pas la dernière nouvelle. Ce que révèle par contre ce film prodigieux c’est à quel point cette malignité enfantine est indissociable du rouleau-compresseur de créativité qui caractérise aussi cet âge de la vie. De sorte que lorsque sonne la fin de la récré et que ce petit monde rejoint la salle de classe, demeure cette perturbante sensation que canaliser les violentes pulsions de ces enfants ne se fera qu’au prix de la perte de l’éblouissante puissance créatrice qui en est le revers.