L’amour peut-il exister par delà les classes sociales ? Véritable arlésienne des mélodrames au cinéma, il n’est pas surprenant que le maître incontesté du genre, Douglas Sirk, se soit intéressé à la question dans un film qui a fait date (
Rainer Werner Fassbinder et
Todd Haynes en ont tous deux réalisé des variations).
Tout ce que le ciel permet raconte l’histoire d’amour interdite entre Cary Scott (veuve de la haute société de la Nouvelle-Angleterre) et Ron Curby (son jardinier, plus jeune qu’elle). Plutôt que de décrire préalablement la distance qui sépare les deux personnages, Sirk met en scène leur coup de foudre avec une telle célérité que l’amour paraît préexister à leur rencontre même. Cet arbitraire de la passion, le fait qu’il semble aller totalement de soi, tranche évidemment avec l’univers gangréné par les superficielles exigences de la bienséance bourgeoise qui compose le cadre du film. N’hésitant pas à verser dans l’irrésistible comédies de mœurs, Sirk prend un malin plaisir à décrire l’armada de conventions, préjugés et autres soucis d’apparat qui rendent tout l’entourage de Cary aveugle, pour ne pas dire franchement hostile au cœur brûlant du film. Mais au diable le regard des autres ! Déployant une incroyable maîtrise formelle au service d'un romantisme sublime, le cinéaste dépeint un amour impossible qui rarement ne nous aura semblé si évident…