Un jeune homme retrouve le quartier juif ukrainien de Brighton Beach qu’il avait quitté quelques années plus tôt pour fuir un père abusif. Empruntant explicitement à la tragédie grecque qu’il transpose au drame familial, le récit de Little Odessa voit le fils rapporter au bercail la violence qui l’avait éloigné. Si le film nous hante autant, c’est moins par l’implacable logique de cette violence mais par l’effroi que celle-ci semble susciter chez son réalisateur. James Gray est pleinement conscient des implications liées à la transposition de la tragédie à un art aussi immédiatement visuel que le cinéma. Cela se manifeste avant tout dans sa manière de mettre en scène les meurtres qui émaillent le film. Hors-champ, partiellement occultée, en contre-jour… malgré son omniprésence, la mort nous est systématiquement montrée de biais, comme si même un film de gangster ne pouvait se permettre de l’aborder frontalement. Discrètement, Gray poursuit le questionnement (vieux comme le cinéma) sur la manière de mettre en scène le tragique. « La fin [de vie] est si immense, écrivait pour sa part Philip Roth, qu'elle contient sa propre poésie. Il n'y a pas à faire de rhétorique. » Au moment de filmer ce qui est pourtant le cœur même de son récit, James Gray à l’extrême humilité de détourner le regard.